Il n’y a pas de maladie de coronavirus en Rdc ( Dr Edith Mukwembe de l’INRB)

Le coronavirus constitue-t-il une menace pour la République démocratique du Congo ? Le pays compte-t-il déjà des sujets suspects ? Quels sont les modes de contamination ? Quelles précautions prendre pour s’en prémunir ? C’est à cette série de questions que Mme Edith Mukwembe, responsable du laboratoire de virus respiratoire à l’Institut National de Recherche Biomédicale (INRB) a répondu lors d’un échange avec la presse. Cet entretien auquel ”Forum des As” a pris part s’est déroulé en marge d’une matinée scientifique, organisée le mercredi 12 février au Laboratoire Vétérinaire de Kinshasa, à l’intention des journalistes membres de l’Association des communicateurs de santé en Afrique (ACSA/RDC).

Les Congolais n’ont pas à paniquer. Le coronavirus n’est pas présent sur le territoire natioanal. Il n’y a pas de malade de coronavirus attesté en RDC. Dr Edith Mukwembe apaise toutefois la population, en signalant que, jusque-là, il n’y a pas d’inquiétude à se faire, vu les résultats de laboratoire. “Au cas où un malade arriverait à échapper au contrôle, à la vigilance des forces de l’ordre, en s’infiltrant dans la communauté, s’il arrivait que nos frontières portuaires ou aéroportuaires soient poreuses, ce sont ces genres de cas que la population doit nous signaler”, répond la virologue congolaise à ”Forum des As”.

“Et nous, poursuit-elle, nous sommes prêts à nous déplacer pour aller opérer le prélèvement sur le malade, afin de confirmer ou infirmer le cas. Au moins lorsqu’on a la réponse, qu’on sait que le suspect est malade, on sait prendre des précautions à temps, pour éviter que la maladie se propage. Et quand on sait que le suspect n’est pas malade, on est tous apaisé. On peut, dès lors, libérer la personne au sein de la communauté”.

QUID DU CORONAVIRUS?

“Le coronavirus fait partie d’une grande famille de virus, bien connus dans l’univers des scientifiques, explique Edith Mukwembe. Moins médiatisé à l’époque, sa notoriété est devenue manifeste avec l’apparition du nouveau coronavirus qui a été détecté chez un paisible citoyen chinois qui fréquentait le marché des animaux domestiques et sauvages, voués à la consommation.

L’on croit savoir que c’est de là qu’il a été contaminé, lorsqu’il est entré en contact avec un des animaux qui a franchi la grille de protection”.”Les symptômes du coronavirus sont variés. Ils vont d’un simple rhume à des manifestations beaucoup plus sévères qui nécessitent une hospitalisation. Mais parmi ces signes, il y a une fièvre aigue, la toux qui traduit une infection respiratoire, et la sévérité de ces manifestations se révèle à travers la survenue de la dyspnée, qui traduit une difficulté respiratoire, nécessitant l’hospitalisation.

Lorsque le malade manifeste ces trois signes, il faut vite l’emmener à l’hôpital. Car, cette maladie serait liée au coronavirus”, fait remarquer ce médecin microbiologiste, qui est à la fois chef de travaux à l’Université Pédagogique Nationale (UPN).

LES PRINCIPALES VOIES DE TRANSMISSION DU CORONAVIRUS

Les principales voies de transmission du coronavirus sont aériennes, assure la virologue de l’INRB. “Ici, précise-t-elle, le virus est transmis par voie salivaire, à travers notamment la toux, des éternuements ou lorsque le patient parle. Tout son environnement risque, dès lors, d’être contaminé. Par ailleurs, la durée d’incubation, c’est-à-dire la période de manifestation des symptômes après l’exposition, varie de deux à quatorze jours”.”Lorsque l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) a déclaré le coronavirus de 2019 comme une urgence de santé publique, tous les pays du monde sont entrés en alerte, la RDC comprise. Un comité de coordination et de riposte à l’épidémie de coronavirus a ainsi été mis en place. Nous considérant comme étant dans une situation de préépidémie, des dispositions sont prises pour empêcher que le virus ne puisse pas entrer au pays”, note Edith Mukwembe.

LES DISPOSITIFS DE DETECTION AUX FRONTIERES

“Les premiers dispositifs sont tout d’abord placés au niveau des frontières, dans tous les postes d’entrée au pays… pour contrôler tous les voyageurs, surtout ceux qui manifestent les signes que j’ai évoqués, renseigne la virologue. Que ce soit au niveau de la voie aérienne, de la voie terrestre… ou de la voie fluviale. Sur tous les cas suspects, un prélèvement respiratoire doit être effectué et envoyé au laboratoire, pour que nous qui y travaillions, nous puissions confirmer ou infirmer ces cas par les résultats obtenus”.

“Et par rapport à tous ces malades qui seront détectés au niveau des points d’entrée (aéroports, ports…), le Gouvernement congolais a pris des précautions. Non seulement pour les isoler, mais aussi pour les héberger, d’autant qu’ils ne peuvent, de prime abord, être en contact avec le reste de la population.

A Kinshasa, trois sites précis ont été mobilisés. Il s’agit précisément de l’Hôpital général de Kinshasa, de l’Hôpital général Sino-congolais de N’djili et de l’Hôpital général de Kinkole”, signale la responsable du laboratoire de virus respiratoire de l’INRB.

LES QUATRE CAS SUSPECTS SIGNALES

Au parfum de quatre alertes qui ont été récemment données à ce propos par les services de santé en République démocratique du Congo, Dr Edith Mukwembe estime qu’il n’y a pas lieu de paniquer, d’autant qu’il y a eu plus de peur que de mal.

“A Lubumbashi, des soupçons pesaient sur une étudiante qui revenait de Chine. Grâce à nos structures déployées au niveau de l’aéroport, on a effectivement découvert qu’elle faisait de la fièvre. Nous nous sommes rendus chez elle, nous avons prélevé tous les contacts, mais les analyses des prélèvements faites au labo se sont révélées négatives. Elles ont démontré qu’il ne s’agissait pas du tout de coronavirus”, atteste la scientifique.”Le deuxième cas suspect nous est venu de Kasindi, à l’est du pays, précise-t-elle. Les prélèvements nous sont arrivés le mercredi 12 février dernier au labo. C’est encore en cours de traitement. L’autre cas a été signalé à la grande barrière de Goma. L’on est en train de négocier pour que le prélèvement volontaire soit fait. A Ruzizi par contre, on a déjà effectué des prélèvements. On attend aussi les résultats”.

LES PRECAUTIONS A OBSERVER

Qu’en est-il alors des précautions à observer pour se prémunir de cette pathologie ? Dr Edith Mukwembe est formelle : “Etant donné que nous ne connaissons pas trop bien cette maladie, nous insistons beaucoup plus sur la prévention, le renforcement de l’hygiène individuelle et collective, à travers le lavage des mains. Qu’on lave régulièrement les mains, à temps et à contretemps, avec des solutions hydro alcooliques ou avec de l’eau et du savon, pendant au moins trente secondes. Qu’on évite aussi de trop se serrer les mains. Car, quand on tousse, on a tendance à se boucher les lèvres avec la paume de mains”.

“Et comme c’est une maladie d’origine animale, du moins à en croire certaines hypothèses, il serait mieux de prendre des dispositions en évitant trop de contacts avec les animaux, d’autant qu’on n’est pas encore certain de la bête qui transmet ce virus. Il faut aussi éviter de manipuler des viandes crues”, conclut Dr Edith Mukwembe. Forum des As

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *