Afrique du Sud : le retour des Blancs à la tête de l’Alliance démocratique

Le 17 novembre, le DA (Alliance démocratique), principal parti d’opposition en Afrique du Sud, se choisira un nouveau président par intérim – qui devra être confirmé par le congrès en avril. Trois candidats sont en lice : deux Noirs et un Blanc, John Steenhuisen. “Il faut en finir avec cette idée en Afrique du Sud qu’il faut avoir une certaine couleur de peau pour représenter les gens“, a déclaré ce dernier, élu la semaine dernière, à la tête du groupe parlementaire du DA.

Musi Maimane, premier président noir du DA, a démissionné avec fracas, le 24 octobre. “Je pense vraiment que si le DA veut devenir un parti de gouvernement, il doit être un parti de tous les citoyens, a-t-il expliqué. Au cours des derniers mois, il est devenu clair qu’il y a des gens au sein du DA qui ne partagent pas cette vision“. La veille, un autre leader noir du parti, le maire très populaire de Johannesburg Herman Mashaba, avait remis son tablier pour les mêmes raisons. Leur départ a été précipité par l’élection d’Helen Zille au poste de numéro 2 de l’Alliance démocratique. L’ex-présidente du DA et gouverneur de la province du Cap a été sortie de sa retraite par des élus, inquiets de perdre leurs sièges aux municipales de 2021.

Le retour des “racistes” ?

Le triomphe de l’opposition aux municipales de 2016 – quand le parti avait emporté les mairies de Johannesburg, Pretoria et Port Elisabeth – a été suivi par une succession de défaites. Aux législatives de mai dernier, le DA, en constante croissance depuis la fin de l’apartheid, n’a récolté que 20% des voix (contre 23% auparavant). Son premier recul. La politique de transformation raciale suivie par Maimane a fait fuir une partie des électeurs blancs, tout en échouant à augmenter le vote noir (seulement 4% des électeurs noirs ont voté pour le DA en 2019). Le “Obama sud-africain” n’a pas réussi à repositionner son parti, face à l’ANC, revigoré par la présidence de Cyril Ramaphosa. “Nous sommes devenus une grande gelée bleue, informe et centriste“, dénonce Steenhuisen.

Est-ce le retour des “racistes” à la tête du DA, comme le clament l’ex-président Thabo Mbeki et une partie de la presse locale ? Un tweet d’Helen Zille en 2017 en visite à Singapour, soulignant que le colonialisme n’y avait pas eu que des aspects négatifs, a fait scandale. Zille est appelée “Madame” par les Noirs dans les médias sociaux, comme les domestiques surnommaient leurs patronnes blanches sous l’apartheid. “Tout ce que je dis est mis hors du contexte, se plaint-elle. Si je me lève le matin et dis que le ciel est bleu, les gens vont dire que je suis raciste parce que bleu est la couleur du DA.

“Non-racialisme” ou “représentativité raciale”

Zille reproche à son successeur, Maimane, qu’elle avait elle-même élevé à la tête du parti, d’avoir adopté les vues de l’ANC sur la question raciale. Pour elle, tout comme Steenhuisen, le DA doit revenir au “non-racialisme” (un mélange de transformation raciale et de méritocratie). Le parti au pouvoir, en revanche, prône la poursuite d’une “représentativité raciale” fondée sur le poids démographique de chaque composante de la population : les Noirs devraient ainsi occuper 80% des postes de décision dans tous les secteurs, de la politique à l’économie, contre 9% pour les Blancs.

Si le DA se choisit un président blanc, il risque, aux yeux de la majorité des Sud-Africains, de revenir à son image de parti des minorités (blanche, métisse et indienne), où les Noirs ne jouent que des rôles de figurants. Alors que l’ANC est devenu un parti presque entièrement noir, on assisterait à une dangereuse polarisation de la vie politique du pays. rtbf

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