A la Une des journaux congolais: Consultations nationales, Félix Tshisekedi joue son va-tout !

Depuis lundi, le même exercice se poursuit au Palais de la Nation. Après les leaders représentatifs et les forces vives du pays, le mardi 03 novembre 2020, les représentants des mouvements associatifs ont été reçus, tour à tour, par le président de la République, Félix Tshisekedi, dans le cadre des consultations qu’il a entamé pour résorber la crise politique actuelle, avec comme maitre mot, l’intérêt supérieur de la Nation.

Selon La Prospérité, parmi les mouvements dont les représentants ont échangé avec le chef de l’Etat, les Associations de la société civile, l’Union nationale de la Presse du Congo (UNPC), une délégation du Syndicat national des médecins (Synamed), le Syndicat des médecins de la RDC (Symeco), l’Ordre des Avocats, le Syndicat autonome des magistrats (Synamag), mais également l’Ordre des médecins.

Tous ont participé et contribué de manière très active à ces discussions qui, sans doute, doivent aboutir à des résultats concluants pour l’intérêt du plus grand nombre.

Pour la société civile par exemple, tout malaise politique provoqué principalement par les tiraillements au sein de la coalition au pouvoir, ont un impact négatif sur le vécu quotidien de la population dont la situation ne s’améliore toujours pas.

Au président de la République, les Associations de la société civile ont expliqué le ressenti du peuple congolais qui ne se sent plus valablement représenté au niveau des instances de prise de décisions. Une pétition ayant récolté près de 100 mille signatures a été remis à Félix Tshisekedi.

Pour ce qui est de la CENI, elles suggèrent les réformes avant toute nomination, afin d’éviter les erreurs du passé. « Les même cause produisent les mêmes effets », dit-on.

Coulant dans la même veine, Le Potentiel renchérit dans sa méthodologie de travail, le président de la République n’a pas voulu démarrer avec des acteurs politiques. Tshisekedi a choisi d’ouvrir le bal avec les forces sociales et la société civile, précisément, les représentants des confessions religieuses ainsi que les institutions d’appui à la démocratie. C’est dire tout l’intérêt qu’accorde le chef de l’État à la « base » et son souci de capter directement le message de ceux et celles qui côtoient au quotidien la misère de la population et partagent leurs aspirations les plus profondes.

Au total, 21 institutions et personnalités étaient programmées pour cette première journée. Pour des raisons évidentes, c’est la Commission électorale nationale indépendante (CENI) qui avait ouvert la série de consultations à 11h30. Corneille Nangaa et ses collègues du bureau de l’administration électorale ont eu 1 heure d’échanges avec le Chef de l’État.

Après eux, le Conseil national de suivi de l’Accord de la Saint-Sylvestre (CNSA), la Commission Nationale des Droits de l’Homme (CNDH), le Conseil supérieur de l’audiovisuel et de la communication (CSAC), le Conseil Économique et social (CES) et la Commission d’Intégrité et Médiation (CIME) ainsi que le Cardinal Laurent Monsengwo (archevêque émérite de Kinshasa) ont également été reçus.

Comme il l’avait annoncé dans son message, le 23 octobre dernier, à l’issue de ces entrevues, le président de la République prendra de grandes décisions au nom de l’intérêt supérieur de la population.

Dans ce message du 23 octobre, le chef de l’État avait indiqué que cette série d’entrevues avec le forces politiques et sociales les plus représentatives devraient aboutir à une « Union sacrée » pour la nation.

Ces consultations, a-t-il poursuivi, visent la « refondation de l’action gouvernementale autour des principes de participation à la gestion du pays».

Dans la foulée, les impressions qui se dégagent de premiers consultés indiquent que l’espoir est permis. C’est ce qu’on peut déjà noter de l’entrevue entre le chef de l’État et l’ancien archevêque de Kinshasa, le cardinal Laurent Monsengwo Pasinya.

Le prélat catholique dit avoir remis au chef de l’État un mémorandum dans lequel il a proposé que tout soit centré sur l’économie.
« On a rencontré le président qui a commencé à poser les problèmes que vous connaissez, les problèmes de la consultation… Nous avons eu un mémo, que nous lui avons présenté, dans lequel nous disons que le pays a besoin de l’économie, l’économie pour le développement pour que le peuple puisse avoir de quoi manger », a-t-il déclaré devant la presse.

Dans la foulée, le cardinal Laurent Monsengwo a loué la volonté de Félix Tshisekedi afin de convoquer ces consultations dans l’objectif de développer le pays. « Nous le félicitons pour l’initiative qu’il a prise et grâce à cette initiative, il arrivera à avoir une série de réponses qu’il pourra par après étudier avec des gens et qu’il commence à favoriser le dialogue grâce à l’intervention de certaines personnes ressources qui peuvent l’aider à naviguer de deux côtés de la pirogue. Comme cela, il y a des chances que le travail avance dans son dialogue », a conclu le Cardinal Laurent Monsengwo.

Comme le cardinal, l’Église du Christ au Congo (ECC) a également déposé son mémo auprès du chef de l’État, à la seule différence qu’elle s’est réservée de dévoiler son contenu.

De son côté, le Conseil National de Suivi de l’Accord de la Saint Sylvestre et du Processus Électoral (CNSA), par la voix de son président, Joseph Olenghankoy, a déclaré qu’il aurait voulu être consulté avant par le chef de l’État, au sujet de ce qui se dit autour du président Tshisekedi et de son prédécesseur Joseph Kabila. « On aurait souhaité, si on était consulté avant, qu’il arrive à échanger avec son prédécesseur Joseph Kabila Kabange. Pourquoi ? Pour la simple raison que ce système politique, le chef de l’État lui-même l’a reconnu lors de son discours devant les deux Chambres du Parlement réunies en Congrès, que nous sommes dans un apprentissage de la démocratie, et que c’est la première fois que nous avons ce système dans notre pays », a-t-il déclaré.

En politique le dialogue doit être permanent, poursuit Olenghankoy, qui souhaite que les deux personnalités à la tête de la coalition gouvernementale discutent à deux sans la présence des extrémistes de leurs camps respectifs.

Au sortir de la rencontre du bureau de la CENI avec le chef de l’État, Corneille Nangaa a répondu à une question de la presse sur les élections dans l’éventualité de la dissolution de l’Assemblée nationale. Il a indiqué que seul le nouveau bureau de la Commission Électorale Nationale Indépendante (CENI) est habilité à organiser ces élections. « La mission de la CENI est déclinée dans l’article 211 de la Constitution, c’est-à-dire conduire tout processus électoral et référendaire. En cas d’absence d’une institution ou d’une institution élective, il appartiendra à la CENI d’organiser les élections. Tout de même, aujourd’hui la question qui peut se poser : Est-ce que l’équipe Nangaa est-elle encore légitime pour organiser ces élections ? Il faut le plus rapidement possible désigner les nouveaux membres de la CENI qui vont faire des études et décliner les chiffres, par exemple, en disant que ça coûterait autant », a déclaré Corneille Nangaa.

Consulté, le Conseil économique et social (CES) a fait son plaidoyer pour la préservation de la paix.

Pour Léon Kyaboba, porte-parole du CES, trois points essentiels ont été abordés lors de cet échange. Il s’est exprimé en ces termes : « Le Conseil économique et social consulté comme les autres forces vives de la nation a eu à dire au président de la République : compte tenu du contexte du moment, il faut préserver la paix et la sécurité du pays ; il faut respecter la constitution et il faut ne pas déstabiliser les institutions ».

Pour la Commission d’intégrité et de médiation électorale (CIME), représentée par son président, l’imam Moussa Rachidi, l’initiative du chef de l’État est louable. « La CIME est consciente des difficultés que connaît le pays. Elle espère que ces consultations donneront des résultats susceptibles de sortir notre pays de la zone de turbulence … C’est notre pays, nous devons insister pour qu’il y ait l’unité et la stabilité du pays. Il y a plusieurs solutions pour sortir de cette crise et c’est ce que nous avons mentionné dans notre cahier des charges », a dit l’Imam Moussa Rachidi.

Abondant dans le même sens, le web journal lessentielrdc.info écrit Consultations nationales, Jonas Tshiombela, Patient Bashombe et Christopher Ngoy proposent la dissolution du Parlement. Selon mon confrère, la société civile a recommandé au Président de la République de dissoudre le Parlement, à l’issue des entretiens qu’a eu le Chef de l’Etat Félix Tshisekedi avec une délégation composée de MM. Jonas Tshiombela, Patient Bashombe et Christopher Ngoy, respectivement coordonnateur de la Nouvelle société civile, président du Cadre de concertation de la société civile et coordonnateur de la Société civile du Congo dans le cadre des consultations présidentielles.

«Notre avis et que le malaise est vécu par toute la population parce qu’au perchoir où il se trouve, il y a un malaise. Ce sont les leviers qui activent tous les segments de la société qui y sont en souffrance. Et cette souffrance répercute sur le social, non seulement le politique. Et aujourd’hui, nous avons expliqué au Président que la population, le souverain primaire, ne se sent plus représenté par ses mandataires qui sont dans les institutions et qu’il faut penser très sérieusement à pouvoir restructurer et/ou reconfigurer l’Assemblée nationale. Nous parlons de la dissolution du Parlement qui est plus qu’inévitable. Nous lui avons remis la pétition de la société civile, qui a aujourd’hui enregistré plus de 96 mille signatures», a dit Christopher Ngoy, coordonnateur de la société civile du Congo.

Cette délégation a également proposé que les réformes viennent avant la nomination des acteurs de la Commission électorale nationale indépendante (CENI).

«On a réfléchi avec le Président sur la question de l’organisation des élections futures, et à ce niveau, en ce qui concerne la CENI, la question était de savoir est-ce qu’on nomme d’abord les animateurs de la CENI, avant la réforme, ou c’est la réforme qui vient avant ? La société civile, nous sommes catégoriques, il faudra que la réforme puisse précéder la nomination des acteurs. Pour l’argent, c’est le peuple qui contribue, donc, il y en aura toujours», a affirmé Patient Bashombe, président du cadre de concertation de la société civile.

Et Forum des As de s’interroger “A quoi auront servis les élections de 2018?” Contrairement à ce qu’a été l’ambiance du premier jour, écrit mon confrère, où les contacts du Chef de l’Etat avec ses invités ont été retransmis en direct sur la radiotélévision nationale congolaise (RTNC), les échanges hier ont quelque peu revêtu du sceau d’un “huis-clos”.

Aucune image n’a été directement retransmise sur les antennes de la RTNC, pour des raisons qu’ignorent de nombreux téléspectateurs, scotchés à leurs petits écrans, dans l’espoir désespéré, de suivre ce qui se passe au Palais de la Nation.

A quoi les Congolais devront-ils s’attendre à l’issue de cette initiative de Félix Tshisekedi ? A priori, beaucoup de choses sur fond de reconfiguration de la classe politique. Particulièrement, une nouvelle majorité à l’Assemblée nationale.

Cela devrait donc conduire à la rupture de l’accord de la coalition FCC-CACH au pouvoir depuis le 24 janvier 2019.Lorsque Félix Tshisekedi prend ce genre d’initiative, d’aucuns pensent qu’il connait déjà d’avance, les conclusions auxquelles ces derniers devront aboutir. Comme qui dirait, quiconque pose une question a déjà une partie de la réponse.

Fort de ce principe, de nombreux analystes considèrent ces consultations comme une simple formalité dont l’objectif est de légitimer ce que Félix Tshisekedi a déjà lui-même décidé.

Le choix des invités en disant parfois long qu’une déclaration officielle. Doit-on considérer ce point de vue comme une pétition de principe ? S’agit-il aussi d’une induction facile et amplifiante ? Peu importe.

Cependant, une question essentielle taraude les esprits. La problématique est celle de savoir si la démarche du Président Félix Tshisekedi respecte le cadre institutionnel issu des élections de 2018 qui ont couté plusieurs centaines de millions de dollars au Trésor public.

Des sommes que l’on pouvait utilement affecter dans des secteurs de la vie nationale jugés prioritaires, comme la santé et l’éducation. Au-delà de l’effervescence, mieux de l’agitation politique observée autour de ces consultations, particulièrement dans le camp des partisans de Félix Tshisekedi, il se pose une autre question de fond, en rapport avec la Constitution.

La question est de savoir si ces contacts constituent pour le Chef de l’Etat congolais, une voie royale de sortie de crise, que prévoit concrètement la Constitution du 18 février, en cas d’une crise majeure paralysant le bon fonctionnement des institutions ?Si après deux ans seulement, on doit revenir sur le cadre institutionnel, on se demande alors à quoi aura servi le scrutin de décembre 2018.

Que veut-on concrètement ? Sans prendre partie l’un ou de l’autre camp, pour de nombreux analystes disent se sentir fondés, de pousser la réflexion plus loin, au-delà même d’une opinion nationale visiblement clivée. “Lors qu’il se pose un problème dans les institutions, faut-il organiser ce grand ballet qui démasque nombre d’opportunistes, afin de défaire tout le cadre institutionnel existant ?

A ce jour, le camp politique de l’ancien président congolais Joseph Kabila, est présenté comme l’incarnation de tous les malheurs qui s’abattent sur le pays. Puiser dans la pensée bantoue, le FCC est considéré par ses adversaires d’hier et d’aujourd’hui, comme ce vieux sorcier, auteur de tous les décès du clan et qu’il faille à tout prix liquider par un supplice du collier ou justice populaire.

Consulter pour une nouvelle majorité parlementaire, l’initiative actuelle du Président Félix Tshisekedi parait inéluctable. Le train ayant déjà quitté la gare, il ne reste plus aux passagers qu’à bien des tenir. Sans être prophètes de malheur, nombre d’analystes se demandent également ce qui adviendrait, en cas d’une nouvelle crise après le cadre institutionnel post-consultations.

Devra-t-on organiser de nouvelles séries de contacts pour prétendre sortir de l’impasse? Si la solution à la crise politique actuelle se pose en termes d’institutions, pourquoi penser à en créer d’autres du même genre, alors qu’il en existe déjà ? Le conflit doit-il se régler dans ou en dehors du cadre institutionnel ?De ce qui se fait depuis lundi dernier au Palais de la Nation, tout donne à croire que l’ultime objectif est de faire l’impasse sur les structures, des institutions politiques issues des élections de 2018.

Alors,, que va-t-il se passer au cas où la nouvelle donne très attendue déboucherait sur une crise beaucoup plus grave que celle ayant conduit à l’organisation des consultations actuelles ? Certes, la fin justifie les moyens, postule un adage attribué au célèbre penseur italien, Nicolas Machiavel. Reste cependant à se demander si réellement, tous les moyens sont bons pour atteindre un objectif.

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